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Investissement thématique : la conviction ne fait pas une allocation

Plus des trois quarts des épargnants français disent ne pas savoir ce qu'est l'investissement thématique. Le problème n'est pas leur ignorance : c'est que la recherche disponible sur ces produits est nettement moins flatteuse que leur argumentaire.
 

Une enquête menée par l'institut Opinium pour le gestionnaire WisdomTree auprès de 4 000 épargnants européens, dont un millier de Français disposant d'au moins 5 000 € d'épargne, livre deux chiffres : 77 % des Français interrogés disent ne pas connaître l'investissement thématique, et 60 % s'estiment incapables d'identifier les thèmes qui surperformeront à moyen terme. L'intelligence artificielle domine les convictions. On notera que le commanditaire est un producteur d'ETF thématiques, dont le produit phare porte sur l'IA.
 

Un thème n'est pas un secteur
Un fonds sectoriel suit une nomenclature normalisée, commune à toute l'industrie financière : « santé », « technologie ». Un fonds thématique suit un récit qui traverse les secteurs. Un fonds « vieillissement » mêlera pharmacie, immobilier de santé, assurance et loisirs.
 

Il n'existe aucune nomenclature officielle des thèmes, chaque fournisseur d'indice définit les siens. MSCI décompose un thème en sous-thèmes, génère des mots-clés par traitement automatique du langage, analyse les rapports annuels des entreprises et attribue un score de pertinence. Le seuil de sélection est de 25 %, ce qui laisse éligible une entreprise dont les trois quarts de l'activité n'ont rien à voir avec le thème. Deux ETF portant le même nom peuvent ainsi avoir moins de la moitié de leurs lignes en commun. À vérifier dans le document d'informations clés avant d'acheter.
 

Ce que dit quinze ans de données
Morningstar a compté. De mi-2009 à mi-2024, 69 % des fonds thématiques qui existaient en Europe au départ avaient fermé quinze ans plus tard. Parmi les survivants, seuls 17 % ont fait mieux qu'un indice actions mondial. Choisir un fonds thématique au hasard en 2009 donnait donc environ une chance sur vingt de battre le marché large.
 

Le mécanisme, documenté par la recherche, est plus intéressant encore que le chiffre. Dans un article publié en 2023 dans la Review of Financial Studies, Itzhak Ben-David, Francesco Franzoni, Byungwook Kim et Rabih Moussawi ont analysé vingt ans d'ETF américains. Au cours de leurs cinq premières années, les ETF spécialisés perdent environ 30 % en performance ajustée du risque.
 

Les frais n'y sont pour rien, les auteurs le démontrent. La cause tient au calendrier de lancement : les émetteurs créent ces produits quand les valeurs du thème sont déjà surévaluées. Dans les deux ans précédant le lancement, les sociétés sous-jacentes affichent un ratio cours sur chiffre d'affaires de 28,8, contre 9,3 pour les ETF larges. Les prévisions de croissance des analystes se retournent une fois le fonds lancé.
Le calendrier des créations confirme le mécanisme : 167 fonds thématiques dans le monde en 2019, 589 en 2021, dont près de la moitié des lancements américains sur le seul dernier trimestre 2021, juste avant la correction de 2022. Le cycle recommence. Après deux années de décollecte, les ETF thématiques européens ont attiré 16,66 milliards de dollars en 2025, puis 13,31 milliards au seul premier semestre 2026.
 

Le prix du thème
Selon l'ESMA, un ETF actions coûtait en moyenne 0,21 % par an en Europe en 2024, contre 1,28 % pour un fonds actions géré activement. Un ETF thématique se situe entre les deux, les produits récents affichant couramment 0,50 % à 0,70 %, soit trois à cinq fois le coût d'un ETF mondial. Les flux vers les ETF spécialisés ne réagissent d'ailleurs pas au niveau des frais, alors qu'ils y sont sensibles pour les ETF larges : l'acheteur de thématique ne regarde pas le prix. Ces produits représentaient 18 % des encours mais 36 % des revenus de frais.
 

Le piège technique du PEA
Le PEA n'accepte que des fonds investis à 75 % au moins en actions européennes. Or les thèmes porteurs, IA, semi-conducteurs, cybersécurité, sont dominés par des valeurs américaines et asiatiques. Les émetteurs contournent la contrainte par la réplication synthétique : le fonds détient un panier d'actions européennes et échange sa performance contre celle de l'indice thématique mondial, via un contrat conclu avec une banque. Votre ETF « IA éligible PEA » ne détient donc pas les actions du thème, et vous portez un risque de contrepartie.
 

Un produit devenu bancaire
1,109 million de Français ont réalisé au moins une transaction sur ETF en 2025, en hausse de 83 % en un an, pour un âge moyen de 38 ans. Une donnée de l'AMF mérite d'être connue avant d'entrer en agence. Sa campagne de visites mystère 2025-2026, menée dans onze banques de réseau, montre que des ETF ont été proposés dans 48 % des rendez-vous. Mais les frais des instruments recommandés n'ont été évoqués que dans moins d'un entretien sur trois, et le document d'informations clés remis dans 9 % des cas seulement aux profils prudents. C'est pourtant là que figure la composition de l'indice.